Apprentissage : la baisse présente et le futur

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Apprentissage : la baisse présente et le futur

Message  gdbabou le Dim 15 Mar - 9:56


La publication de statistiques vient de nous confirmer la baisse des entrées en apprentissage en 2014 après, déjà, une baisse en 2013. Peu avant cette annonce pourtant, un rapport du Conseil d’analyse de l’emploi (CAE) préconisait un resserrement de la politique d’apprentissage sur les jeunes sans diplômes ni formation.

Contradiction ? Ou seulement paradoxe apparent ? Quels objectifs et quelle stratégie ?


Les chiffres

En 2014, 273 209 nouveaux contrats d’apprentissage ont été enregistrés sur la France entière, soit 3,2 % de moins qu’en 2013 (déjà 2013/2012 : - 8 %), selon les données provisoires de la Dares : 264 580 jeunes dans le secteur marchand (- 3,2 %) et 8 629 dans le secteur public (- 4,7 %).
Le total des jeunes en cours d’apprentissage (dit « le stock ») s’est établi en moyenne à environ 400 000 jeunes apprentis en 2014, contre un peu moins de 420 000 en 2013.

La principale explication de ces baisses est la crise, le développement du chômage et tout particulièrement la chute de la construction neuve, logements et bureaux, et donc du secteur du bâtiment et de ses entreprises. On n’atteint plus que 80 000 apprentis du bâtiment, soit une baisse de 16 % de 2008 à 2013. Or, c’est un très gros secteur de l’apprentissage.

L’analyse du Conseil d’analyse de l’emploi
Mais le Conseil d’analyse de l’emploi apporte, lui, d’autres éléments d’analyse : pour que l’apprentissage marche en France, comme en Allemagne, il faut le réformer en profondeur.Premier reproche, les formations en alternance sont difficiles à faire évoluer, alors que les métiers changent continuellement. Le poids des matières générales est à l’origine d’un taux d’abandon élevé dans l’apprentissage. Et le contrôle de leur qualité est « hétérogène et défaillant ». Également, les formations « sont trop rarement en adéquation avec les besoins des entreprises ». Le CAE recommande de créer une commission nationale partenariale chargée d’élaborer une politique nationale de la formation professionnelle et un système unifié de certification des formations en alternance, et des agences de certification responsables du contrôle qualité de la mise en œuvre. Il demande aussi la réduction des matières générales dans l’examen des CAP.
Autre caractéristique : toute la taxe d’apprentissage ne va pas au financement de l’apprentissage, mais aussi à des formations initiales technologiques sans alternance, en lycée et dans le supérieur. Pour le CAE, le financement de ces établissements doit passer par d’autres canaux.
Et, troisième point, « le système fait de moins en moins de place aux jeunes sans diplômes ou peu diplômés, puisque plus du quart des apprentis sont aujourd’hui des étudiants du supérieur. Si l’apprentissage a doublé entre 1992 et 2013, de 2004 à 2010 l’apprentissage a progressé de 24% dans le supérieur mais diminué de 6% pour les niveaux inférieurs au CAP.


Les auteurs proposent ainsi de concentrer le dispositif sur les jeunes peu qualifiés, de fusionner les contrats d’alternance (apprentissage et professionnalisation), ainsi que les financements et la collecte. La subvention serait modulée selon les niveaux de diplôme, de même que les contributions des entreprises selon le devenir de leurs alternants.

Quelques réflexions
Plusieurs débats ressortent de ce document.Celui du financement de la formation initiale technologique et professionnelle en établissements scolaires ou du supérieur, qui jusqu’à présent complètent leur budget par de la taxe d’apprentissage, au détriment du financement de l’apprentissage et de son développement pourtant annoncé comme un objectif gouvernemental. Ce qui suppose de diriger d’autres financements vers les formations initiales...
Mais un autre débat de fond surgit de la note du CAE : l’apprentissage est-il seulement un outil d’insertion dans l’emploi des jeunes en difficultés dans le système scolaire initial, ou est-il une voie de formation et de certification à l’égal de celle du système éducatif initial classique ? Et les deux sont-ils incompatibles ou peuvent-ils être complémentaires ?Jusqu’en 1987, l’apprentissage ne menait que vers des CAP et BEP, où les conseils de classe des collèges et lycées n’envoyaient que les élèves en échec : voie de relégation en même temps que voie d’insertion ? La loi Seguin de cette année-là l’a ouvert à tous les niveaux de diplôme. Est-ce un dévoiement d’un dispositif social d’insertion ? L’extension de l’apprentissage jusqu’aux diplômes de l’enseignement supérieur, y compris les diplômes d’ingénieur, a transformé l’image de l’apprentissage, en lui donnant le même crédit qu’à la voie académique. Ce qui a attiré beaucoup plus de jeunes.
L’apprentissage dans le supérieur, en essor, ne représente qu’un peu plus d’un quart des effectifs de l’apprentissage. Mais c’est aussi un moyen pour des jeunes désargentés de poursuivre une formation vers un diplôme du supérieur, auquel ils renonceraient ou qu’ils assumeraient difficilement sans cela. Et pour des jeunes à l’esprit inductif, tourné vers l’apprentissage et la démonstration par la réalisation concrète plus que vers la voie académique abstraite, c’est un moyen de trouver leur voie de qualification.
Cela n’empêche pas que l’apprentissage - ou un contrat de professionnalisation - doit continuer à être proposé à tout jeune non qualifié s’il pense trouver son projet professionnel dans l’alternance, certainement avec un accompagnement renforcé pour les plus en difficulté. D’ailleurs ils bénéficient toujours de 35 % des entrées en apprentissage, et l’essor voulu de l’apprentissage permet l’accueil de ces différents publics de façon complémentaire.

Enfin, le troisième débat interpelle les entreprises, en particulier les plus grandes, et les administrations : jouent-elles complètement le jeu quand les entrées en apprentissage baissent et restent à un niveau très bas dans le secteur public alors que le gouvernement a accru les aides et met en route des simplifications administratives et réglementaires …et qu’elles reconnaissent elles-mêmes que l’apprentissage leur permet de former des jeunes bien adaptés aux métiers de l’entreprise ?






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