Le MEDEF joue un jeu dangereux

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Le MEDEF joue un jeu dangereux

Message  gdbabou le Jeu 25 Aoû - 7:17

Echec de plusieurs grandes négociations sociales, déclarations péremptoires et simplistes sur le dialogue social, accents populistes, avec pour seule préoccupation de diminuer le coût du travail, le MEDEF, pendant le mandat de Pierre Gattaz, n’aura pas brillé par l’ouverture d’esprit et la clairvoyance. En tous cas, le dialogue social n’a manifestement pas été la priorité, donnant ainsi des arguments à tous les détracteurs de la négociation sociale, de l’extrême-droite à l’extrême-gauche sur le plan politique et aux organisations dites contestataires sur le plan syndical.

Depuis 3 ans maintenant, nous n’avons jamais vu autant de négociations nationales interprofessionnelles se traduire par des échecs : modernisation du dialogue social, pénibilité, et assurance chômage, cela fait tout de même beaucoup. Et à chaque fois, malgré les tentatives des organisations réformistes, le patronat s’est refusé à chercher les compromis nécessaires. Pire, quand bien même il signait un texte, comme par exemple, sur le pacte de responsabilité, à quelques branches près, rien n’a été fait pour respecter ses engagements sur l’emploi ou la formation professionnelle.



Quand Pierre Gattaz déclare ne pas croire au dialogue social dans ses formes actuelles, ce qui est regrettable pour celui qui, du côté patronal, est chargé de diriger les négociations sociales, il n’exprime pas uniquement sa perception personnelle. Ses propos relaient celle d’une partie non négligeable des chefs d’entreprise. Ainsi, l’avis du CESE sur la culture du dialogue social rappelle une enquête de la DARES de 2011 : 63 % des chefs d’entreprise ne disposant pas d’institutions représentatives du personnel considèrent que les syndicats mettent en avant leurs propres intérêts plutôt que celui des salariés et 49 % pensent qu’ils gênent les activités de l’entreprise. Et même si ces chiffres tombent à 52 % et à 22 % quand ils disposent d’IRP, cela fait encore beaucoup.

Du côté syndical, l’attitude d’une organisation syndicale comme la CGT, conforte ce point de vue quand, lors de son dernier congrès, la CGT et son secrétaire général en tête fustigent la négociation sociale en considérant qu’elle n’apporte que des reculs. Pour le Medef et Pierre Gattaz, voilà l’adversaire idéal qu’il faut renforcer : celui qui n’oblige pas, comme d’autres, CFDT en tête, à rechercher des compromis acceptables et permet de se cantonner à des postures. Une attitude finalement facile qui renvoie la responsabilité des évolutions sociales au gouvernement tout en le critiquant et en attendant des jours meilleurs où une majorité plus favorable aux thèses patronales reviendra au pouvoir.

Cette attitude n’est toutefois pas partagée par tous dans le patronat et particulièrement à l’intérieur du MEDEF. C’est même une ligne de fracture qui fait que l’organisation patronale est aujourd’hui très divisée entre tenants d’un dialogue social constructif au niveau national, plutôt dans l’industrie (UIMM, Plasturgie) et ceux qui soutiennent la ligne Gattaz que l’on trouve plutôt dans les services et le Bâtiment. Le tout sur fond de lutte pour la succession de Pierre Gattaz en 2018 qui a déjà annoncé qu’il ne briguerait pas un nouveau mandat.

À ce jour, plusieurs successeurs semblent envisageables : Viviane Chainu-Ribeiro, Présidente de Syntec (Experts) et en pointe contre la taxation des contrats courts, ce qui a fait capoter la négociation Assurance chômage, , Geoffroy Roux de Bezieux et Thibault Lauxade. Alexandre Saubot, Président de l’UIMM et de la commission sociale du MEDEF, longtemps considéré comme successeur potentiel, ne semble pas en mesure de briguer la présidence actuellement. Certains lui font payer les échecs des négociations et l’accusent de « faire des deals avec le gouvernement et les syndicats sur le dos des petits copains ». Ambiance ! Pas étonnant que l’UPA, en désaccord sur de nombreux points avec le MEDEF et notamment sur son abandon de fait du terrain social, demande « que la guerre des chefs » s’arrête. Quant à la CGPME, son médiatique nouveau Président semble plutôt conforter la ligne actuelle du MEDEF…

Au final, en relayant une base qui est plutôt hostile à toute forme de dialogue social, en refusant de s’engager dans un dialogue social national constructif s’appuyant sur les organisations syndicales réformistes, le MEDEF et son Président prennent le risque d’une dégradation supplémentaire des rapports sociaux et ouvrent la voie à toutes les formes de populisme : d’un côté le mythe des relations sociales limitées à un rapport direct entre salariés et patrons, de l’autre le renforcement du rôle de l’État en réglant tous les problèmes par la loi. D’un côté comme de l’autre, cela conduit à l’impasse et à la violence sociale.

On attend d’une grande organisation patronale comme le MEDEF qu’elle éclaire les enjeux des évolutions économiques et sociales, qu’elle cherche les compromis nécessaires qui permettent de conjuguer à la fois avancées sociales et compétitivité des entreprises et qu’elle affirme et démontre que le dialogue social est un facteur incontestable de performance économique.

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