Transitions professionnelles après la crise de 2008 : un peu plus de précarité et moins de chances d’en sortir !

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Transitions professionnelles après la crise de 2008 : un peu plus de précarité et moins de chances d’en sortir !

Message  gdbabou le Jeu 24 Nov - 9:07

Telles sont les conclusions qu’on pourrait tirer de l’étude réalisée par France Stratégie sur l’évolution du marché du travail depuis le début des années 2000. Ce rapport confirme la bipolarisation croissante du marché du travail entre les travailleurs qui sont en contrat à durée indéterminée (CDI) et ceux qui sont en CDD, intérim ou au chômage. Si la proportion de travailleurs précaires progresse peu depuis le début des années 2000, il devient de plus en plus difficile pour eux d’obtenir un CDI. Les contrats temporaires deviennent de plus en plus courts et concernent principalement les jeunes et les travailleurs non-qualifiés.

Les transitions professionnelles aujourd’hui

France Stratégie classe les transitions professionnelles en 4 catégories : changement d’employeur (y compris avec un passage éventuel par le chômage) ; emploi vers chômage (perte d’emploi) ; chômage vers l’emploi ; chômage vers chômage (y compris avec un changement de statut en cours d’année sans sortir du chômage au final).

De 1980 à 2000, les transitions professionnelles ont fortement augmenté avec l’assouplissement de la législation sur le recours au CDD et à l’intérim. Depuis, elles se sont plutôt stabilisées autour de 18,5 % aujourd’hui au lieu de 16 % de l’emploi total en 2000.

La crise de 2008 fragilise encore plus le marché du travail avec une augmentation des transitions emploi vers chômage et chômage vers chômage alors que les retours vers l’emploi baissent. Le chômage de longue durée passe de 2,5 % de la population active à 4,3 % entre 2008 et 2016. Ce sont ceux sont ceux qui y sont entrés récemment qui sortent d’abord du chômage.

Evolution des modes de gestion de la main d’œuvre

En fait, la partie instable du marché du travail est devenue la variable d’ajustement des entreprises avec des différences sensibles suivant les secteurs. Mieux vaut travailler dans les banques, l’assurance, l’informatique ou l’administration pour conserver son emploi ou accéder à un CDI que de travailler dans l’agriculture, l’artisanat, la communication, les professions artistiques, le BTP ou l’hôtellerie-tourisme.

D’autre part, les transitions professionnelles sont aussi extrêmement différentes suivant le statut de départ : ainsi, le risque de passer de l’emploi vers le chômage est relativement plus faible quand on a un CDI (environ 2 %) que quand on sort d’un CDD (13 %) et surtout de l’intérim (20 %).

L’augmentation des transitions professionnelles est due principalement à la diminution de la durée des contrats, là aussi, très différente d’un secteur à un autre. Les services qui ont plus souvent recours aux CDD ont une durée moyenne de contrats de 2 semaines alors qu’elle est de 9 semaines pour l’industrie qui utilise principalement l’intérim. Dans les services, ce sont les secteurs qui ont recours aux CDD d’usage (hôtellerie-tourisme et services à la personne) où les allers-retours emploi-chômage sont les plus importants avec des contrats très courts.

En fait, comme le souligne le document de France-stratégie

« les métiers les plus exposés aux transitions de l’emploi vers le chômage correspondent à ceux qui ont été les plus impactés par l’évolution des modes de gestion de la main-d’œuvre amorcée au début des années 2000, consistant à réduire la durée moyenne des contrats à durée limitée ».


D’autre part, plus la durée du contrat est courte plus le risque de perte d’emploi est important (21 % pour le contrat de moins d’un mois, 10 % pour ceux de plus d’un an).
Enfin, les contrats de courte durée se font de plus en plus de façon récurrente chez le même employeur. D’où l’importance du débat sur la pénalisation des contrats courts dans la future convention UNEDIC.

Toujours plus difficile de revenir du chômage et des contrats temporaires vers l’emploi

Quand on est sorti du CDI, le retour vers l’emploi stable est de plus en plus compliqué. Ainsi, sur la période 2008-2014, 20 % des CDD ont retrouvé un CDI après un an contre 24 % de 2003 à 2008. Les taux sont de 18 % contre 20 % pour l’intérim et 13 % contre 17 % pour sortir du chômage. Et quand ils retrouvent un emploi, il est souvent de moindre qualité qu’auparavant : nettement moins de CDI et des contrats à temps partiels.

Les jeunes et les non diplômés concentrent les difficultés

Les contrats à durée limitée (CDD-intérim) sont plus fréquents pour les salariés âgés de 16 à 24 ans (30 % de cette tranche d’âge, en augmentation de 22 points entre 1982 et 2012) que pour la tranche d’âge 25-49 ans (10 % avec une progression de 8 points sur la même période).

Pour ces mêmes contrats à durée limitée, les ouvriers non qualifiés ont des transitions emploi-chômage deux fois plus nombreuses que les cadres. Pour les CDI, ce sont les employés non qualifiés qui sont les plus vulnérables. De plus, les CDI sont de moins en moins protecteurs : plus d’un tiers rompus avant un an (36 % en 2011 contre 34 % en 2007).

Enfin, les travailleurs non qualifiés, changent quatre fois plus souvent d’employeur que les cadres. Cela concerne principalement les jeunes non qualifiés qui enchainent les contrats courts. D’autre part, trois ans après leur insertion dans le marché du travail, les jeunes sortis sans diplôme du système scolaire en 2010 ont beaucoup plus de mal qu’en 2004 à trouver un emploi stable (34 % au lieu de 24 %).

En conclusion…

Tous ces éléments montrent une aggravation de la segmentation du marché du travail entre ceux qui disposent d’un emploi stable et ceux qui n’y ont pas eu accès ou qui en sont sortis. Et quand on est dans la deuxième catégorie, on a de plus en plus de mal à en sortir. Pas étonnant que progresse le sentiment de déclassement que ressent une partie non négligeable de la société française. Ceux qui ont un emploi stable ont peur de le perdre et donc de ne plus pouvoir y revenir. Ceux qui n’ont plus d’emploi stable perdent l’espoir d’en retrouver un. C’est un cocktail détonnant qui ouvre la voie à la recherche de boucs émissaires et au populisme. Dans ce contexte, la mise en œuvre du compte personnel d’activité (CPA) mis en place par la loi Travail est essentielle pour faciliter et sécuriser les parcours professionnels.

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