Interview : la qualité de vie des représentants du personnel

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Interview : la qualité de vie des représentants du personnel

Message  gdbabou le Ven 8 Déc - 10:03

Si de nombreuses études mesurent les risques liés à l’activité professionnelle des salariés ou des dirigeants d’entreprises, très peu s’attardent sur la santé des représentants des salariés. Béatrice Taudou, sociologue et responsable des Observatoires des branches chez Malakoff Médéric nous livre les principaux enseignements de la dernière étude de Malakoff Médéric réalisée sur plus de 3000 représentants du personnel.

Mots-clés
Base de données des représentants du personnel.
Pouvez-vous nous décrire le contexte et les motivations de cette étude ?

Béatrice Taudou : Tout d’abord, certains partenaires syndicaux nous ont alertés sur le fait que de plus en plus de militants exprimaient une fatigue importante et des difficultés à gérer des situations difficiles. Puis, en examinant la littérature disponible sur le sujet, nous avons fait le constat que peu d’études tendaient à comprendre les problématiques propres aux représentants du personnel.

Malakoff Médéric s’intéresse au sujet de la santé des salariés et des dirigeants d’entreprise depuis déjà plusieurs années, nous avons alors naturellement décidé de prendre le sujet en main et de proposer une étude visant à comprendre le quotidien des représentants du personnel, leurs sources de difficultés et leurs sources de plaisir à exercer ces responsabilités. Nous avons donc contacté une dizaine de structures (unions départementales, régionales et fédérales) de plusieurs syndicats et leur avons proposés de participer à l’enquête que nous avons mise au point.

Quels ont été les axes d’analyse ?

B.T. : Cette étude a été réalisée sur un échantillon de plus de 3000 représentants du personnel. Les répondants sont majoritairement des hommes (73 %) évoluant dans de grandes entreprises (68 % dans une entreprise de plus de 500 salariés et 25 % dans les TPE/PME) ayant plus de 50 ans (60 %).

Trois axes d’analyse ont été privilégiés, à savoir :

enrichir la connaissance des représentants du personnel et de leur contexte en entreprise (données socio démographiques, secteur d’activité, type de mandat, ancienneté de l’engagement syndical, etc.) ;
comprendre l’impact de l’engagement syndical sur les différentes sphères de leur vie (moteur de l’engagement syndical, type de situation difficile à gérer, perspectives d’avenir, etc.) ;
et identifier les leviers, attentes et points de fragilité en matière de prévention santé (auto évaluation de son état de santé, conciliation vie privé/professionnelle/syndicale, capacité à déconnecter, comportements de santé, priorités d’actions, etc.).
Quels sont les principales sources de motivation liées à l’activité syndicale ?

B.T. : Globalement, cette étude permet de souligner que militer est bon pour la santé. En effet, si la majeure partie des représentants du personnel interrogés déclarent se sentir bien intégrée au sein de leur entreprise et à l’aise dans leur activité syndicale, ils déclarent surtout prendre du plaisir dans leur activité. La défense des intérêts des salariés, les possibilités de participer au développement de leur organisation syndicale et les perspectives de développement personnel offertes en sont les principales sources. La possibilité de pouvoir influencer les décisions de l’entreprise et la reconnaissance des salariés ont également leur importance pour les représentants du personnel.

Et les principaux facteurs de risques ?

B.T. : Beaucoup de parcours syndicaux se construisent dans la conflictualité mais l’exposition dans la durée aux conflits est une source de stress importante qui peut rendre plus difficile l’exercice de l’activité syndicale (1 militant sur 5 rencontre des difficultés à exercer pleinement son activité syndicale).

Les restructurations, les réorganisations ou les plans sociaux sont également sources de charge de travail pour les représentants du personnel. Plus de la moitié d’entre eux y ont été exposés au cours de cette année. Si des heures de délégation sont prévues à cet effet, 18 % ne les prennent pas entièrement et 48 % déclarent travailler sur des dossiers syndicaux en dehors de ces heures spécifiques. La question de la gestion des priorités se posent alors pour 33 % d’entre eux et l’une des plus importantes difficultés consiste alors à jongler entre l’équilibre vie privé - professionnelle - syndicale. Leur engagement syndical peut également avoir un impact sur le développement de leur carrière. Pour un quart des répondants, il a eu un impact négatif sur l’évolution de leur rémunération.

Quels sont les principaux troubles pour la santé ?

B.T. : Les points de fragilité se situent surtout au niveau de l’exposition au stress, de la qualité du sommeil et de la consommation de cigarettes et de produits stimulants ou relaxants. D’un point de vue globale on note également une auto évaluation plus faible de leur état de santé que pour des salariés lambda. Prendre du recul pour préserver leur santé est difficile, ils ont en moyenne trois mandats à assumer et peuvent difficilement diminuer leur engagement qui impliquent de nombreux déplacements.

Quelles solutions pouvons-nous imaginer ?

B.T. : Nous nous inscrivons dans une démarche évolutive. On travaille sur l’idée de construire les solutions avec nos partenaires et de sélectionner les sujets prioritaires. Pour commencer, nous allons nous axer sur de la sensibilisation avec la rédaction de guides pratiques puis nous développerons des formations pour leur apprendre à préserver leurs ressources. Nous pouvons également imaginer la mise en place de structures d’écoute pour les militants

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